Information about Middle East Oriente Medio
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Mauritanie

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
August 2012
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I. La croissance Inclusive en Mauritanie1

Malgré un rythme relativement élevé depuis une dizaine d’années, la croissance économique en Mauritanie n’a pas eu une assise assez large pour faire reculer sensiblement la pauvreté, qui reste répandue. Pour que le niveau de vie de la population s’améliore, il faudra lui donner davantage accès aux équipements et aux services collectifs de base en augmentant les dépenses publiques en faveur des pauvres, construire des infrastructures plus intégrantes, décentraliser l’administration et améliorer le climat des affaires pour encourager l’activité du secteur privé.

A. La croissance est-elle inclusive en Mauritanie?

1. Une réduction rapide et continue de la pauvreté exige une croissance inclusive qui permette à la population de contribuer au développement de l’activité et d’en bénéficier. L’expérience récente montre que la croissance doit comporter plusieurs aspects pour permettre un recul significatif de la pauvreté; elle doit être (i) forte et durable; (ii) s’étendre à tous les secteurs; (iii) créer des emplois productifs, et (iv) faire appel à la majeure partie de la population active du pays.

2. Dans ces conditions, pour pouvoir évaluer si la croissance profite à tous, il convient d’examiner les progrès effectués en matière de réduction de la pauvreté et voir si les plus défavorisés ont bénéficié de la croissance économique. L’analyse de données des enquêtes sur les conditions de vie des ménages pour la période allant de 2000 à 2008 indique la nécessité d’élargir et de diversifier la croissance en Mauritanie.

3. La pauvreté est répandue et inégale en Mauritanie. En 2008, 42 % de la population se trouvaient en deçà du seuil national de pauvreté. Ce ratio masque de très grandes disparités entre les milieux urbain et rural: dans ce dernier, les taux de pauvreté dépassent 60 % et l’incidence de la pauvreté extrême est le double de celle observée en milieu des zones urbain. Si l’on recourt à une mesure pluridimensionnelle de la pauvreté2, la proportion de pauvres ressortait à 62 % en 2007, ce qui est l’un des niveaux les plus élevés du monde.

Incidence de la pauvreté

(en% de la population)

Sources: Banque mondiale; and Alkire, S., J.M. Roche, M.E. Santos et S. Seth (novembre 2011) ophi.qeh.ox.ac.uk.

4. Malgré une croissance relativement forte, le pays a peu progressé sur la voie de la réduction de la pauvreté et de l’élévation du niveau de vie de la population. De 2000 à 2008, le PIB a progressé de 4,5 % en moyenne annuelle, un résultat comparable à la moyenne de l’Afrique sub-saharienne. Toutefois, cela n’a pas suffi à faire diminuer sensiblement le taux de pauvreté qui n’a baissé que de 5 points pendant cette période. L’examen d’une série d’indicateurs du bien-être révèle aussi l’inégalité des progrès réalisés en ce domaine de 2000 à 2008:

  • La perception de la pauvreté: le pourcentage de ménages qui déclarent n’avoir pas les moyens de satisfaire les besoins nutritionnels de leur famille est passé de 40 % en 2000 à 60 % en 2008.
  • L’indice de développement humain (IDH): en dépit de certains progrès, l’IDH de la Mauritanie (mesure synthétique qui se réfère à l’espérance de vie, à l’alphabétisation, à l’éducation, au pouvoir d’achat et à la qualité de vie) se révèle assez faible et était dernièrement inférieur au niveau observé dans la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne.
  • L’inégalité: le coefficient de Gini a légèrement décliné, passant de 39 en 2000 à 38 en 2008, ce qui est le signe d’une moindre inégalité et situe la Mauritanie devant la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne.
  • La loi d’Engel: Une amélioration du niveau de vie devrait se traduire par une baisse de la part de l’alimentation dans les dépenses totales des ménages. Cela ne s’est pas produit en Mauritanie, puisque cette part a augmenté de 2000 à 2008.

Indice de développement humain

Source: PNUD.

Indice de GINI 1/

Source: Banque mondiale.

Part des dépenses d’alimentation par centiles de la consommation totale des ménages (en%)

Part des dépenses d’alimentation (en%)

Source: Estimations du Fonds basées sur l’enquête sur les ménages de 2008.

5. Une analyse plus poussée montre que la croissance a eu des effets inégaux pendant la dernière décennie. La courbe d’incidence de la croissance indique en particulier que:

  • La croissance a été favorable aux pauvres de 2000 à 2004. Malgré des résultats économiques faibles (hausse annuelle du PIB réel par habitant de 1,1%), la consommation réelle par habitant des ménages qui vivent en deçà du seuil de pauvreté a augmenté à un taux annuel de 2,3%, soit près du double de la moyenne nationale et plus que la croissance du PIB réel par habitant.
Indicateurs d’une croissance favorable aux pauvres
2001–042005–082000–08
(en%)
Hausse moyenne de la consommation réelle par habitant1.41.71.4
Croissance pro- pauvre au taux de pauvreté initial Pour mémoire:2.30.51.4
Accroissement du PIB par habitant1.12.81.9
Source: Autorités nationales et estimations des services du Fonds.
Source: Autorités nationales et estimations des services du Fonds.
  • De 2004 à 2008, la croissance n’a pas été inclusive puisqu’elle n’a pas bénéficié aux pauvres. La classe moyenne (définie au segment de la population qui se situe audessus du seuil de pauvreté et en deçà du 80ème centile) a beaucoup bénéficié de la découverte de pétrole en 2006, laquelle a permis une forte progression des dépenses publiques; la consommation réelle par habitant a augmenté dans la classe moyenne de 3,4% par an, alors qu’elle a diminué de 0,5% parmi les 20% des ménages les plus pauvres.

B. Quels sont les déterminants de la performance de la Mauritanie en matière de croissance inclusive? Explication basée sur une analyse des disparités régionales

6. En Mauritanie, l’incidence de la pauvreté varie beaucoup selon les régions puisque le taux de pauvreté s’échelonne de 15,5% à Nouakchott (la capitale) à 68 % dans la région de Tagant, située au centre sud. L’analyse des raisons de cette différenciation régionale permet de cerner les facteurs qui contribuent à une croissance inclusive en Mauritanie.

Incidence de la pauvreté en 2008

(% de la population)

Source: autorités nationales.

7. Il n’est pas surprenant qu’une croissance plus favorable aux couches défavorisées – mesurée par la hausse des dépenses par tête des ménages les plus pauvres – réduise la pauvreté. Indépendamment de la période choisie, les régions où la croissance a été davantage pro-pauvre ont vu leur taux de pauvreté sensiblement reculer. A l’inverse, la pauvreté s’est étendue dans les régions caractérisées par des taux de croissance pro-pauvre négatifs. Cette dynamique découle aussi des différences en termes de profondeur de la pauvreté3 entre les régions.

Croissance pro-pauvre et évolution du taux de pauvreté au niveau régional

8. L’accès aux équipements collectifs de base, aux services publics, aux services financiers et aux marchés d’alimentation est fortement corrélé au caractère pro-pauvre de la croissance (graphique du texte):

  • Les régions où les ménages ont des difficultés à se procurer de l’eau, comme Brakna et Hodh El Chargui, ont subi une baisse de la consommation réelle par habitant pendant la période 2004–08. En revanche, les régions où les ménages ont un bon accès à l’électricité sont aussi celles où la croissance pro-pauvre a été plus élevée.
  • Dans les régions (comme celle de Nouakchott) où les services de santé sont plus accessibles, la progression de la consommation réelle des ménages a été supérieure.
  • Au plan régional, on observe une forte corrélation entre le niveau de la croissance pro-pauvres de la croissance et la présence d’une école secondaire dans le village ou à proximité. Ceci est conforme aux constatations qui montrent que: (i) les taux de pauvreté sont bas parmi les ménages dont le chef de famille a un niveau d’éducation secondaire ou supérieure (16%) et (ii) les rendements de l’enseignement secondaire ou supérieur sont élevés en Mauritanie4.
  • Les facteurs qui facilitent l’insertion des ménages dans l’économie et l’évolution vers la formalité – par exemple les transports publics, l’accès aux marchés des produits alimentaires et aux services financiers ainsi que l’existence de services d’état civil -vont de pair avec une croissance pro-pauvre élevée.

Indicateurs d’accès aux aménagements de base et aux services publics et financiers

Source: Diverses enquêtes auprès des ménages.

9. Outre les conditions d’accès aux services, le facteur politique et l’action publique discrétionnaire ont peut-être contribué à limiter l’inclusivité de la croissance pendant la période 2004–08. Deux coups d’État militaires, et dans l’intervalle les premières élections présidentielles démocratiques de l’histoire du pays, ont représenté la période la plus agitée politiquement de la Mauritanie moderne. Parallèlement, la découverte de pétrole en 2006, qui ne s’est pas confirmée, a été à l’origine d’une progression importante des dépenses publiques, portant en particulier sur les rémunérations (ajustement des salaires) et les subventions. Elle n’a pas nécessairement profité aux plus pauvres:

  • Augmentation de la masse salariale: en raison de la centralisation de l’administration, un relèvement des salaires à motivation sociale bénéficie surtout aux plus favorisés. Chez les fonctionnaires, le taux de pauvreté se situe à 22 %, c’est-à-dire très en deçà de la moyenne nationale. En outre, près de la moitié d’entre eux se trouvent à Nouakchott, où ils représentent 20 % de la population. Ils sont peu nombreux dans certaines régions très peuplées (moins de 8% des chefs de famille y sont fonctionnaires); c’est pourquoi le doublement des salaires de tous les fonctionnaires de 2004 à 2008, correspondant à une hausse annuelle de 15 % en termes réels, a creusé l’écart entre les régions pauvres et riches.

Décomposition régionale des emplois du secteur public 1/

1/La taille de la bulle représente la part de la région dans la population totale.

  • Subventions de l’énergie: l’augmentation des subventions (à l’électricité, au diesel et au gaz) qui a accompagné la flambée des prix internationaux du pétrole a bénéficié aux ménages riches, au détriment des nécessiteux. Près de 80 % des subventions vont aux 40 % les plus riches, ce qui aggrave l’inégalité entre les ménages. De plus, les subventions importantes destinées à amortir les effets de l’enchérissement des produits de base en 2008 n’ont pas été bien ciblées (les boutiques de solidarité relativement mieux ciblées qui ont été récemment mises en place, n’existaient pas en 2008).
Répartition du bénéfice des subventions à l’énergie (en%)
Source: estimations des services du Fonds.

10. Le manque de diversification de la base de production, le sous-développement du secteur privé et la faible qualification de la main-d’œuvre conduisent à une croissance moins inclusive. Les exportations restent dominées par les produits de l’activité minière (75%), l’industrie manufacturière en est toujours à ses débuts et les ressources exigeant traditionnellement beaucoup de main-d’œuvre (les terres fertiles et la pêche) sont largement sous-exploitées. Á cela s’ajoute la fébrilité de l’investissement privé dans la mesure où les entrepreneurs potentiels se heurtent à des multiples obstacles, comme l’indiquent les diverses enquêtes de la Banque mondiale sur le climat des affaires (voir Rapport des services du FMI, encadré 5). L’inadéquation du système éducatif aggrave le décalage entre les compétences disponibles et demandées, de sorte que le taux de chômage des jeunes est l’un des plus élevés de la région (voir Rapport des services du FMI, annexe IV).

C. Conclusions et recommandations de politique économique

11. La Mauritanie doit encore progresser sur la voie de la réalisation d’une croissance inclusive. Certes, on ne pourra se prononcer sur l’inclusivité de la croissance de 2009 à 2012 qu’en 2013, date où les données issues de la nouvelle enquête auprès des ménages seront finalisées; néanmoins, l’analyse des enquêtes antérieures permet déjà de réaffirmer les priorités qui conditionnent une croissance davantage inclusive (certaines figurent déjà dans le programme du gouvernement):

  • Améliorer l’impact distributionnel des dépenses publiques:
    • Promouvoir la décentralisation de l’administration: un meilleur accès aux services administratifs (par exemple l’état civil) facilitera leur intégration à l’environnement économique, en particulier dans les régions mal desservies.
    • S’abstenir d’augmenter les salaires du secteur public dans l’intention de réduire la pauvreté car cela creuse l’écart entre les ménages et les régions pauvres et riches. Des mesures ciblées en faveur des fonctionnaires faiblement rémunérés seraient moins coûteuses et plus efficaces.
    • Accélérer la transition vers des subventions bien ciblées: il convient d’appliquer énergiquement la réforme en cours et, parallèlement, de renforcer le programme de transferts en numéraire.
    • Faciliter l’obtention des services de santé et d’éducation: la Mauritanie est encore loin de réaliser ses objectifs au titre du Millénaire pour le développement en matière de réduction de la mortalité infantile et d’amélioration de l’état de santé des mères (Rapport des services du FMI, tableau 9). L’extension aux régions pauvres des unités de soins facilitera l’accès aux services sanitaires de base. De même, l’expansion du réseau d’établissements d’enseignement secondaire réduira le retard important sur ce point à l’égard des pays de l’Afrique sub-saharienne et offrira plus de possibilités d’emploi à la population active (Rapport des services du FMI, annexe IV).
    • Créer des infrastructures favorisant l’insertion: une plus grande mobilité ainsi qu’un meilleur accès aux facteurs de production et aux marchés augmentera la participation des ménages à l’activité économique. La construction de routes dans des zones reculées favorisera aussi les échanges et le développement.
    • Améliorer l’accès aux services financiers: selon une récente enquête de la Banque mondiale (base de données sur l’accès aux services financiers), 17 % des adultes ont un compte bancaire en Mauritanie. En ouvrant davantage le secteur bancaire, on permettra à la population d’épargner et d’investir, ce qui réduira la volatilité de la consommation et créera des opportunités d’emploi.
  • Améliorer la qualité des dépenses pro-pauvres:
    • Etendre la portée de ces dépenses: il conviendrait de maintenir la pratique récemment introduite de fixer un plancher des dépenses pro- pauvres et de donner plus de pertinence au concept utilisé à cette fin en excluant celles dont ils ne profitent que marginalement (par exemple les subventions à l’énergie) ainsi que les salaires du secteur public. Á court terme, il faudrait aussi envisager d’introduire une dimension régionale pour suivre de prés l’impact distributif des dépenses.
    • Surveiller la qualité de la prestation des services publics: il est nécessaire d’accorder davantage d’attention à cette question. En effet, des analyses récentes montrent une déconnexion des dépenses publiques d’éducation et de santé avec les résultats, faute de responsabilisation et de suivi (Rapport de suivi mondial, chapitre 3). Les mesures prises récemment pour renforcer la bonne gouvernance et la responsabilité dans le secteur public (réforme de la fonction publique, législation contre la corruption) devraient permettre de résoudre ces problèmes.
Références

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    World Bank Global Monitoring Report2011. (Washington: World Bank)

    World BankPoverty Analysis Toolkit. (Washington: World Bank)

1Texte établi par Younes Zouhar.
2Ce concept emploie dix indicateurs pour mesurer le degré de privation de trois aspects essentiels du bien-être: l’éducation, la santé et les conditions de vie.
3La profondeur de la pauvreté mesure l’écart entre la dépense moyenne des pauvres et le seuil de pauvreté.
4Les salariés masculins ayant reçu une éducation secondaire gagnent à peu près 20 % plus que ceux ayant reçu une éducation primaire (Rajadel, 2009).

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